Orthèse, semelles, suivi : ce que la Sécurité sociale et votre mutuelle prennent en charge
Posted by : Christophe De Flaugergues | On : 8 octobre 2026

Le médecin vient de prescrire une orthèse à votre enfant pour une maladie d’Osgood-Schlätter ou de Sever, et la question arrive avant même la sortie du cabinet : combien allons-nous vraiment payer ? La réponse tient à deux acteurs, la Sécurité sociale et votre mutuelle, et à une ligne de votre contrat que presque personne ne sait où chercher. Nous avons lu les tableaux de garanties de 81 mutuelles et régimes pour vous épargner cette recherche. Voici ce qui est pris en charge, ce qui ne l’est pas, et un simulateur pour le vérifier avec votre propre contrat.
À noter Cet article s’adresse aux parents : le vocabulaire médical y est volontairement simplifié, et chaque dispositif est désigné par son nom courant plutôt que par sa dénomination réglementaire. Il informe et ne remplace pas l’avis du professionnel de santé qui suit votre enfant.
L’essentiel en 30 secondes
L’orthèse de genou et la coque talonnière sont inscrites à la liste officielle des dispositifs pris en charge : la Sécurité sociale paie 60 % de leur tarif de référence, et une mutuelle dite responsable, c’est-à-dire presque toutes, complète au moins jusqu’à 100 %. Comme ces deux dispositifs sont vendus exactement à ce tarif, ils ne vous coûtent rien de plus. Ce qui reste à payer vient d’ailleurs : le forfait de suivi (45 €) et les semelles amortissantes (25 €) n’ont pas de tarif de référence. Avec une mutuelle, comptez donc environ 70 € pour un pack complet et 45 € pour un pack sans semelles. Le simulateur juste en dessous fait le calcul pour votre contrat.
Le simulateur de prise en charge s'affiche quand JavaScript est activé.
Ce simulateur s’appuie sur les documents que les mutuelles publient, relevés en 2026, et sert à titre de vérification : seule votre mutuelle peut confirmer sa prise en charge. Pour une douzaine de contrats, il affiche aussi la ligne du tableau de garanties qui peut viser le suivi ou les semelles. Les contrats d’entreprise négociés sur mesure ne sont généralement pas publics. Si le vôtre n’y figure pas, indiquez simplement le pourcentage écrit sur votre tableau de garanties.
Ce que veut dire concrètement une inscription à la LPP
La LPP, liste des produits et prestations, est le catalogue officiel des dispositifs médicaux pris en charge. Chaque ligne porte un code et un tarif de référence, que les documents appellent base de remboursement : nous dirons simplement « la base ». Pour l’orthopédie et l’appareillage, la Sécurité sociale prend en charge 60 % de cette base, sur prescription médicale. Les 40 % restants reviennent à votre mutuelle.
Trois règles encadrent ensuite ce que fait la mutuelle :
- Un contrat responsable complète toujours jusqu’à 100 % de la base. Le code de la sécurité sociale (article R. 871-2) lui impose de couvrir la totalité de la part laissée par la Sécurité sociale, et l’immense majorité des contrats sont responsables.
- Au-delà de 100 %, rien n’est imposé. Aucun texte n’oblige une mutuelle à couvrir un prix supérieur à la base, et aucun ne le lui interdit. Chaque contrat fixe son niveau : 100 %, 150 %, 200 %, parfois davantage.
- Jamais plus que ce que vous avez payé. Même avec un contrat à 300 %, la prise en charge s’arrête au prix de la facture (article 9 de la loi du 31 décembre 1989).
L’envers de cette règle compte autant : ce qui n’a pas de code LPP n’a pas de base. La Sécurité sociale n’y participe pas, et la mutuelle ne peut intervenir que si votre contrat prévoit un forfait pour ce type de dépense.
Sources : tableau des taux de remboursement de l’Assurance Maladie (ameli.fr), article R. 871-2 du code de la sécurité sociale, loi n° 89-1009 du 31 décembre 1989, base LPP de l’Assurance Maladie consultée le 3 octobre 2026.
Ligne par ligne : ce qui est pris en charge et ce qui ne l’est pas
Un pack réunit des dispositifs inscrits à la LPP et des éléments qui ne le sont pas. Le tableau ci-dessous donne, pour chacun, son prix, sa base et ce que paie la Sécurité sociale. La dernière colonne est ce qui reste avant l’intervention de votre mutuelle.
| Élément | Prix | Base de prise en charge | Part de la Sécurité sociale | Reste avant mutuelle |
|---|---|---|---|---|
| Orthèse de genou (Osgood-Schlätter) | 57,23 € | 57,23 € | 34,34 € | 22,89 € |
| Genouillère | 19,37 € | 18,61 € | 11,17 € | 8,20 € |
| Coque talonnière (Sever) | 43,94 € | 43,94 € | 26,36 € | 17,58 € |
| Chevillière | 16,19 € | 15,61 € | 9,37 € | 6,82 € |
| Genouillère articulée CryoPump (glaçage du genou) | 102,29 € | 102,29 € | 61,37 € | 40,92 € |
| Chevillière CryoPump (glaçage du talon) | 40,00 € | 27,44 € | 16,46 € | 23,54 € |
| Semelles amortissantes | 25,00 € | Aucune | 0 € | 25,00 € |
| Forfait de suivi | 45,00 € | Aucune | 0 € | 45,00 € |
| Poche à glace | 5,00 € | Aucune | 0 € | 5,00 € |
Ce tableau se lit en trois groupes.
- Les dispositifs vendus au prix de leur base : l’orthèse de genou, la coque talonnière et la genouillère articulée CryoPump. Un contrat à 100 % suffit à les couvrir en totalité.
- Les dispositifs vendus un peu au-dessus de leur base : la genouillère (0,76 € d’écart) et la chevillière (0,58 €), couvertes dès qu’un contrat dépasse légèrement 100 %, et la chevillière CryoPump (12,56 € d’écart), couverte à partir d’un contrat à 150 % environ.
- Les éléments sans base : les semelles amortissantes, le forfait de suivi et la poche à glace. Ils restent à votre charge, sauf forfait particulier de votre contrat.
Une précision pour comparer : une genouillère de pharmacie s’achète librement, sans ordonnance, mais reste entièrement à votre charge. Nous avons détaillé ce que fait chaque matériel dans notre article genouillère, strap ou orthèse.
Le rôle de la mutuelle, et ce qui fait vraiment varier le reste à payer
Sur un tableau de garanties, le niveau s’écrit en pourcentage de la base : « 100 % », « 150 % », « 200 % ». Le plus souvent, ce pourcentage comprend déjà la part de la Sécurité sociale. Certains contrats ajoutent un forfait annuel en euros, qui sert à payer ce qui dépasse la base.
Pour savoir ce que valent ces niveaux dans la vraie vie, nous avons relevé 556 formules dans les documents publics de 81 mutuelles, assureurs, contrats de branche et régimes de la fonction publique. Sur ces 556 formules, 546 couvrent au moins 100 % de la base, 302 montent à 150 % ou plus, et 213 à 200 % ou plus. Les dix dernières sont des formules d’entrée de gamme, souvent limitées à l’hospitalisation, qui restent en dessous de 100 %.
La conséquence surprend les familles : pour ces dispositifs, passer d’un contrat à 100 % à un contrat à 300 % ne change presque rien, puisque l’orthèse et la coque sont déjà couvertes dès le premier niveau. Ce qui fait la différence, c’est d’avoir ou non une mutuelle, et la présence éventuelle d’un forfait pour les éléments sans base.
Le simulateur en haut de cette page applique le niveau lu dans le tableau de garanties de votre mutuelle et détaille le calcul, élément par élément.
Pourquoi une ordonnance est nécessaire, et comment l’obtenir
Le pack se commande en ligne, sans délai et sans liste d’attente. L’ordonnance ne sert pas à obtenir le dispositif : elle ouvre droit à sa prise en charge. Sans elle, l’orthèse reste accessible, mais entièrement à votre charge.
Elle est rédigée par le médecin qui suit votre enfant, et quatre points comptent :
- elle nomme précisément le dispositif prescrit ;
- elle indique la quantité : sans cette mention, un seul dispositif est pris en charge, ce qui compte quand les deux genoux ou les deux talons sont touchés ;
- elle date de moins d’un an ;
- sa date est antérieure ou égale à celle de la commande.
Vous joignez l’ordonnance à la commande. La feuille de soins vous est ensuite envoyée par courriel : vous la complétez, la signez et l’adressez à votre caisse avec l’ordonnance, puis vous transmettez la facture à votre mutuelle. Le détail des étapes figure sur notre page conditions de prise en charge.
Si le diagnostic n’est pas encore posé, commencez par là : nous expliquons comment reconnaître un Osgood-Schlätter et comment se fait le diagnostic de la maladie de Sever.
Les frais que les familles n’anticipent pas
- L’avance. Vous réglez la commande, puis la Sécurité sociale et la mutuelle vous versent leur part. Il faut donc prévoir la somme entière au départ.
- Le deuxième côté. Quand les deux genoux ou les deux talons sont touchés, il faut une orthèse et une genouillère (ou une coque et une chevillière) de plus. Elles sont prises en charge dans les mêmes conditions, si l’ordonnance précise la quantité.
- Le glaçage du talon. La chevillière CryoPump est vendue 12,56 € au-dessus de sa base : avec un contrat à 100 %, cet écart reste à payer.
- Les premiers mois d’un nouveau contrat. Certains contrats limitent leur prise en charge à 100 % de la base pendant les trois premiers mois d’adhésion.
- Le forfait déjà entamé. Un forfait annuel en euros utilisé plus tôt dans l’année pour un autre appareillage n’est plus disponible.
Le cas des familles sans mutuelle
Sans mutuelle, seule la part de la Sécurité sociale est versée. Pour un pack complet sans option de glaçage, il reste 101,09 € à payer pour un genou (sur 146,60 €) et 94,40 € pour un talon (sur 130,13 €).
Avec la Complémentaire santé solidaire, qui a remplacé la CMU, les dispositifs sont pris en charge jusqu’à 100 % de leur base. Le suivi et les semelles restent à payer, avec les quelques centimes d’écart sur la genouillère ou la chevillière : 70,76 € pour un pack complet genou, 70,58 € pour un pack complet talon. Cette complémentaire est gratuite ou soumise à une participation selon vos revenus, et la demande se fait auprès de l’Assurance Maladie.
En cas d’exonération, par exemple une affection de longue durée, la Sécurité sociale prend en charge 100 % de la base pour les soins concernés.
Ce qui change en 2027. Un décret du 21 août 2026 augmente, à partir du 1er janvier 2027, la part laissée à l’assuré sur les dispositifs médicaux ; le taux exact reste à fixer. Avec une mutuelle dont le niveau comprend la part de la Sécurité sociale, rien ne change pour vous : c’est elle qui paie la différence. Sans mutuelle, le reste à payer augmentera.
Les quatre lignes à repérer sur votre tableau de garanties
La bonne rubrique
Elle s’appelle « matériel médical », « appareillage », « orthopédie » ou « petit appareillage » selon les contrats. C’est elle qui s’applique à l’orthèse, à la genouillère et à la chevillière.
Le pourcentage
Regardez l’en-tête du tableau : si le niveau s’entend « hors Sécurité sociale », ajoutez-lui les 60 % qu’elle verse. « Ticket modérateur » ou « TM » veut dire 100 % au total.
Le forfait en euros
Un montant annuel peut s’ajouter au pourcentage. Vérifiez ce qu’il vise : les dispositifs pris en charge par la Sécurité sociale, ou ceux qui ne le sont pas.
Les conditions
Plafond annuel, ordonnance, facture acquittée, ancienneté dans le contrat : ces mentions figurent en bas du tableau ou dans la notice.
Ces dispositifs s’inscrivent dans un protocole de trois mois qui associe le pack, des étirements guidés, un accompagnement à la reprise du sport et quatre rendez-vous de suivi. Les packs sont présentés sur les pages protocole Osgood-Schlätter et protocole Sever, et chaque pathologie est expliquée dans nos guides sur la maladie d’Osgood-Schlätter et la maladie de Sever.
Foire aux questions
Faut-il une ordonnance pour commander l’orthèse ?
Non. Le pack se commande librement en ligne. L’ordonnance sert à la prise en charge par la Sécurité sociale et par la mutuelle : sans elle, tout reste à votre charge. Elle doit dater de moins d’un an et être antérieure ou égale à la commande.
Que signifie « 100 % BR » sur mon tableau de garanties ?
BR désigne la base. « 100 % BR » veut dire que la Sécurité sociale et la mutuelle couvrent ensemble 100 % de cette base. Pour un dispositif vendu au prix de sa base, comme l’orthèse de genou ou la coque talonnière, cela suffit à le couvrir en totalité.
Ma mutuelle prend-elle en charge le suivi et les semelles amortissantes ?
Ni l’un ni l’autre n’ont de base : la Sécurité sociale n’y participe pas. Aucun des tableaux que nous avons lus ne cite ce suivi par son nom, et les forfaits de séances visent en général des praticiens nommés. Une douzaine de contrats ont pourtant une ligne au libellé plus ouvert, par exemple un forfait pour « toute autre pratique prescrite sur ordonnance par un médecin », ou pour « l’orthopédie, les appareillages et accessoires médicaux refusés par la Sécurité sociale ». Le simulateur affiche cette ligne quand votre contrat en a une. Ces relevés datent de 2026 et sont donnés à titre indicatif : envoyez la facture à votre mutuelle et demandez-lui une réponse écrite.
Mon enfant a mal aux deux genoux : la prise en charge double-t-elle ?
Oui, chaque orthèse et chaque genouillère prescrite est prise en charge dans les mêmes conditions, à condition que l’ordonnance mentionne la quantité. Le forfait de suivi et la paire de semelles, eux, ne sont comptés qu’une fois.
Nous sommes à la CMU : que reste-t-il à payer ?
La CMU s’appelle aujourd’hui Complémentaire santé solidaire. Elle couvre les dispositifs jusqu’à 100 % de leur base. Il reste le suivi et, pour un pack complet, les semelles : un peu plus de 70 € au total. Le simulateur propose ce cas d’un clic.
Ma mutuelle n’apparaît pas dans le simulateur : que faire ?
Son tableau de garanties n’est sans doute pas public, ce qui est fréquent pour les contrats d’entreprise. Cherchez sur votre tableau la ligne « appareillage » ou « orthopédie » et saisissez son pourcentage dans le simulateur : le calcul est le même.
En résumé
L’orthèse prescrite pour un Osgood-Schlätter ou un Sever est prise en charge à 60 % par la Sécurité sociale, et complétée jusqu’à 100 % de sa base par presque toutes les mutuelles. Vendue à ce tarif, elle ne vous coûte rien de plus. Ce qui reste à payer tient aux éléments sans base, le suivi et les semelles, et se vérifie en deux minutes avec le simulateur et votre tableau de garanties.
Christophe De Flaugergues
Fondateur d'ORTHOREPASS, Christophe est spécialiste des pathologies de croissance chez le jeune sportif. Depuis près de 10 ans, il accompagne les familles dans le traitement d'Osgood-Schlätter et de la maladie de Sever depuis son cabinet médical à Toulouse.