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Sinding-Larsen-Johansson ou Osgood-Schlätter : comprendre et traiter les 2 douleurs du genou chez l’enfant
Posted by : Christophe De Flaugergues | On : 2 mai 2026
Votre enfant a mal au genou. Le médecin pose le diagnostic d'Osgood-Schlätter. Mais après plusieurs semaines de traitement, la douleur ne bouge pas. Et si ce n'était pas ça ? Et si c'était sa cousine très proche, la maladie de Sinding-Larsen-Johansson ? Ces deux apophysites du genou sont si semblables qu'elles sont régulièrement confondues, même par des professionnels. Pourtant, savoir laquelle votre enfant a vraiment change la zone à protéger, le geste à corriger, et parfois le délai de guérison.
Deux maladies, un seul tendon : pourquoi la confusion est inévitable
L'Osgood-Schlätter et la maladie de Sinding-Larsen-Johansson (souvent abrégée SLJ) sont deux apophysites de croissance, c'est-à-dire des inflammations du cartilage de croissance provoquées par une traction excessive d'un tendon. Et c'est là que tout se complique : dans les deux cas, c'est le même tendon qui pose problème. Le tendon rotulien.
Ce tendon, vous l'avez tous touché un jour. C'est le cordon épais et résistant qu'on sent juste en dessous de la rotule, et qui descend vers le tibia. Quand votre enfant grandit vite, ses os s'allongent plus vite que ses muscles. Le quadriceps tire alors fortement sur la rotule, qui à son tour tire sur ce tendon, qui à son tour tire sur le tibia. Tension, traction, inflammation. Et selon l'endroit où le tendon souffre le plus, ce sera l'une ou l'autre maladie :
- Si la traction se fait sur le tibia, juste sous le genou : c'est la maladie d'Osgood-Schlätter.
- Si la traction se fait sur la rotule elle-même, à son extrémité inférieure : c'est la maladie de Sinding-Larsen-Johansson.
Quelques centimètres d'écart, mais deux noms, deux zones de douleur, et une confusion fréquente.
Le schéma qui clarifie en 5 secondes
Voici une vue de profil du genou en flexion légère. Les deux zones d'inflammation sont marquées en couleur :
Schéma simplifié des deux zones d'inflammation sur le tendon rotulien. Les deux maladies se déclenchent au même moment de la croissance et avec les mêmes sports, mais à deux extrémités différentes du même tendon.
Tooshikafs, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
La maladie de Sinding-Larsen-Johansson, en clair
Décrite en 1921 par le médecin norvégien Christian Magnus Falsen Sinding-Larsen et le chirurgien suédois Sven Christian Johansson, la SLJ est une apophysite du pôle inférieur de la rotule. Concrètement, c'est une inflammation du cartilage situé à la pointe basse de la rotule, là où le tendon rotulien vient s'attacher.
Comme l'Osgood-Schlätter, elle touche presque exclusivement les enfants sportifs en pleine croissance, surtout ceux qui pratiquent des sports avec sauts et changements de direction : basket, foot, gymnastique, athlétisme, danse. Mais quelques différences notables existent :
- Tranche d'âge : 10 à 14 ans en moyenne, avec un pic à 11-12 ans (légèrement plus précoce que l'Osgood-Schlätter) ;
- Plus fréquente chez les garçons ;
- Localisation : la douleur est ressentie à la pointe basse de la rotule, pas en dessous du genou ;
- Pas de bosse visible dans la majorité des cas (contrairement à l'Osgood-Schlätter, qui provoque une proéminence palpable sur le tibia) ;
- Diagnostic souvent retardé car la douleur ressemble à un mauvais positionnement de rotule ou à une simple inflammation tendineuse.
À retenir : chez l'enfant, on ne parle jamais de "tendinite rotulienne". Le tendon de l'enfant ne s'enflamme pas comme chez l'adulte. Si la douleur est sous la rotule, c'est presque toujours une apophysite (Osgood-Schlätter ou Sinding-Larsen-Johansson), pas une tendinite. La distinction est cruciale pour le bon traitement.
Le tableau comparatif Osgood-Schlätter vs Sinding-Larsen-Johansson
Voici, côte à côte, les éléments qui permettent de distinguer les deux. La règle d'or : localiser précisément la douleur avec un seul doigt.
Apophysite tibiale antérieure
- Où ? Sur le tibia, 3-4 cm sous la rotule, sur la bosse osseuse appelée tubérosité tibiale antérieure (TTA).
- Bosse visible ? Oui, presque toujours. Une protubérance osseuse apparaît sur le tibia.
- Âge : 7 à 17 ans, pic 11-13 ans (filles) et 12-14 ans (garçons).
- Côté : uni ou bilatéral, dans environ la moitié des cas chacun.
- Sports déclencheurs : foot, basket, gymnastique, athlétisme, danse, volley, tennis.
- Durée naturelle : peut s'étirer jusqu'à la fin de la croissance osseuse.
- Diagnostic : clinique (palpation TTA + bosse visible).
Apophysite du pôle inférieur de la rotule
- Où ? À la pointe basse de la rotule, juste avant le départ du tendon rotulien.
- Bosse visible ? Non, en général. La rotule garde sa forme externe.
- Âge : 10 à 14 ans, pic 11-12 ans, plus fréquent chez les garçons.
- Côté : souvent unilatéral, parfois bilatéral.
- Sports déclencheurs : mêmes sports que l'Osgood-Schlätter (course, sauts, changements de direction).
- Durée naturelle : 6 à 18 mois en moyenne, peut aller jusqu'à fin de croissance.
- Diagnostic : clinique (palpation rotule), parfois IRM dans les cas atypiques.
Le test palpation à faire à la maison
En 3 minutes, vous pouvez orienter le diagnostic vous-même. Asseyez votre enfant, jambe tendue et détendue. Suivez ces 4 étapes :
- Repérez la rotule. C'est l'os rond et plat à l'avant du genou. Faites-la bouger doucement de gauche à droite, elle est mobile quand le genou est tendu.
- Palpez le pôle inférieur de la rotule. Posez votre pouce juste à l'extrémité basse de la rotule, là où elle se termine en pointe. Appuyez doucement. Si votre enfant grimace ou dit "aïe" précisément à cet endroit, c'est très évocateur de Sinding-Larsen-Johansson.
- Descendez de 3-4 cm vers le tibia. Vous arrivez sur une petite bosse osseuse à l'avant du tibia, c'est la tubérosité tibiale. Appuyez avec le pouce. Si la douleur réveille à cet endroit (et si vous sentez une protubérance plus marquée qu'à l'autre genou), c'est plutôt Osgood-Schlätter.
- Comparez avec l'autre genou. La différence de sensibilité (et la présence ou non d'une bosse) entre les deux côtés est l'un des indices les plus fiables. Une apophysite, ça ne se déclenche jamais "des deux côtés au hasard" : il y a toujours une raison anatomique.
Pour aller plus loin sur la palpation Osgood-Schlätter, consultez notre guide détaillé avec photos et vidéo :
Quand faut-il consulter ?
Que ce soit Osgood-Schlätter ou Sinding-Larsen-Johansson, la règle de consultation est la même :
Consultez si :
- La douleur dure depuis plus de 15 jours ;
- Elle est localisée précisément sous la rotule ou sur le tibia juste sous le genou ;
- L'enfant boite après le sport ou en montant les escaliers ;
- Il a arrêté ou réduit sa pratique sportive à cause de la douleur ;
- Vous voyez ou palpez une bosse anormale sur le tibia ou la rotule.
Plus on prend en charge tôt une apophysite, plus la guérison est rapide. À l'inverse, attendre des mois en espérant que « ça passe avec la croissance » peut transformer une apophysite simple en problème chronique avec arrachement osseux. C'est rare, mais c'est ce qu'on évite avec un protocole précoce.
Bonne nouvelle : que ce soit Osgood-Schlätter ou Sinding-Larsen-Johansson, le diagnostic se fait essentiellement par l'examen clinique en consultation. La radiographie n'est pas systématique. Elle peut être demandée dans des cas atypiques pour vérifier qu'il n'y a pas de fracture de fatigue ou d'autre lésion.
Pourquoi le même protocole fonctionne pour les deux
C'est la bonne nouvelle de cet article : Osgood-Schlätter et Sinding-Larsen-Johansson partagent les mêmes mécanismes, donc les mêmes leviers thérapeutiques. Dans les deux cas :
- Le tendon rotulien tire trop fort sur un cartilage de croissance encore fragile ;
- Le quadriceps trop tonique vs ischio-jambiers raccourcis est souvent à l'origine de la traction excessive ;
- Les microtraumatismes répétés du sport empêchent le cartilage de cicatriser entre deux séances ;
- Le déséquilibre postural (pieds plats, hyperpronation) peut amplifier les contraintes.
Conséquence : le protocole de soin Orthorepass, conçu à l'origine pour l'Osgood-Schlätter, est tout aussi efficace pour la maladie de Sinding-Larsen-Johansson. Les 4 axes du traitement (orthèse, étirements, reprise sportive encadrée, suivi) ciblent exactement les mécanismes communs aux deux pathologies.
Le protocole en 3 mois : Osgood-Schlätter ou Sinding-Larsen-Johansson
Depuis 2017, Orthorepass est spécialisé dans le traitement des apophysites de croissance du jeune sportif. Le protocole personnalisé en 3 mois, breveté et validé par une étude clinique au CHU Purpan, permet à 98 % des enfants de retrouver une activité normale, avec un arrêt sportif limité à 1 mois maximum. Il s'applique aussi bien à l'Osgood-Schlätter qu'à la maladie de Sinding-Larsen-Johansson.
Un traitement global en 4 axes
Orthèse sur mesure
Orthèse genou non articulée Orthorepass, brevetée et thermoformée à la morphologie de votre enfant. Elle décharge le tendon rotulien pour permettre au cartilage de cicatriser, peu importe le côté de la traction.
Étirements quotidiens
Programme d'auto-rééducation ciblé sur les quadriceps, ischio-jambiers et triceps sural. Vidéos pas à pas dans l'espace patient en ligne.
Reprise sportive encadrée
1 mois maximum d'arrêt, puis reprise progressive et adaptée à la discipline pour éviter toute rechute. Les critères de reprise sont les mêmes que pour l'Osgood-Schlätter.
Suivi sur 3 mois
4 rendez-vous (cabinet ou visio), assistance WhatsApp 7j/7, application de suivi patient. L'enfant n'est jamais seul, vous non plus.
Remboursement Sécurité sociale : nos dispositifs sont inscrits à la LPP (Liste des Produits et Prestations). Sur ordonnance, vous bénéficiez d'une prise en charge Sécu + mutuelle. Le reste à charge est en général compris entre 0 et 70 € selon votre couverture.
Foire aux questions
Mon enfant peut-il avoir Osgood-Schlätter et Sinding-Larsen-Johansson en même temps ?
Oui, c'est rare mais possible. On parle alors de double atteinte du tendon rotulien. Dans ce cas, la traction du quadriceps est tellement forte qu'elle inflame les deux extrémités du tendon (insertion sur la rotule et insertion sur le tibia). Le diagnostic se fait par double palpation. Le traitement reste le même protocole, simplement plus exigeant en discipline d'étirement.
Pourquoi parle-t-on parfois de "tendinite rotulienne" chez l'enfant ?
Par abus de langage, et c'est une erreur. Chez l'enfant en pleine croissance, le tendon ne s'enflamme pas comme chez l'adulte. Le maillon faible, c'est le cartilage de croissance, pas le tendon. Si un médecin pose un diagnostic de "tendinite rotulienne" chez votre enfant de 10-14 ans, demandez-lui s'il s'agit en réalité d'une apophysite (Osgood-Schlätter ou Sinding-Larsen-Johansson). C'est presque toujours le cas.
Une IRM est-elle nécessaire ?
Pas systématiquement. Le diagnostic d'apophysite (Osgood-Schlätter ou SLJ) est essentiellement clinique. L'IRM peut être demandée dans des cas atypiques : douleur très intense, atteinte chez un enfant non sportif, doute sur une fracture de fatigue, ou résistance au traitement. Dans la grande majorité des cas, un examen clinique attentif suffit.
La maladie de Sinding-Larsen guérit-elle toute seule ?
Théoriquement oui, à la fin de la croissance osseuse, vers 17-18 ans. Mais sans prise en charge, l'évolution naturelle est en moyenne de 7 mois, parfois jusqu'à 18 mois, avec des poussées douloureuses qui obligent à arrêter régulièrement le sport. Avec un protocole adapté, on raccourcit à 3 mois. Pour un jeune sportif en plein développement, la différence est énorme : il ne perd pas de saison.
Y a-t-il des séquelles à l'âge adulte ?
Dans la grande majorité des cas, non. Une fois la croissance terminée et le cartilage ossifié, la pathologie disparaît définitivement. De très rares cas peuvent garder une fragmentation osseuse résiduelle à la pointe inférieure de la rotule (visible à la radio mais sans symptômes), ou plus exceptionnellement un fragment osseux gênant qui peut justifier un acte chirurgical à l'âge adulte. C'est rare et concerne les cas non traités.
Quelle différence avec une "vraie" tendinite rotulienne (jumper's knee) chez l'ado plus grand ?
La tendinopathie rotulienne (souvent appelée "genou du sauteur") concerne plutôt les jeunes adultes ou ados en fin de croissance (à partir de 16-17 ans), une fois que les cartilages de croissance se sont fermés. Elle touche le corps du tendon rotulien lui-même, pas son insertion sur l'os. Le diagnostic et le traitement sont totalement différents. Tant que la croissance n'est pas terminée, on parle d'apophysite, pas de tendinopathie.
En résumé
L'Osgood-Schlätter et la maladie de Sinding-Larsen-Johansson sont les deux faces d'un même problème : une traction excessive du tendon rotulien chez l'enfant en croissance. La première touche la tubérosité tibiale (en bas), la seconde le pôle inférieur de la rotule (un peu plus haut). Localisations différentes, mais mêmes causes, mêmes traitements, et dans 98 % des cas, même résultat avec le protocole en 3 mois.
Si votre enfant a une douleur sous la rotule depuis plus de 15 jours : identifiez précisément la zone, comparez avec l'autre genou, et consultez. Mieux vaut un diagnostic en 30 minutes qu'une saison sportive perdue.
Christophe De Flaugergues
Fondateur d'ORTHOREPASS, Christophe est spécialiste des pathologies de croissance chez le jeune sportif. Depuis près de 10 ans, il accompagne les familles dans le traitement d'Osgood-Schlätter et de la maladie de Sever depuis son cabinet médical à Toulouse.