Panner : douleur au coude de l’enfant sportif
Posted by : Christophe De Flaugergues | On : 8 septembre 2021

Votre enfant se plaint du coude après le sport, il tend mal le bras, et la douleur revient à chaque entraînement ?
Il s'agit peut-être de la pathologie de Panner, une atteinte de croissance du coude qui touche surtout les garçons de 5 à 10 ans pratiquant un sport de lancer ou d'appui sur les bras. Elle guérit, mais elle demande d'être reconnue tôt et respectée.
Qu'est-ce que la pathologie de Panner ?
La pathologie de Panner fait partie des ostéochondroses de croissance, la même famille que la maladie d'Osgood-Schlätter au genou ou la maladie de Sever au talon. Le principe est toujours le même : un os encore en croissance est sollicité au-delà de ce qu'il peut encaisser.
Ici, la zone touchée est le condyle huméral, l'extrémité de l'os du bras qui forme la partie externe du coude. Sous l'effet de compressions répétées, cette zone reçoit temporairement moins de sang. Le noyau osseux en croissance se fragilise, puis se reconstruit. Les médecins parlent de nécrose avasculaire du capitulum.
C'est presque toujours le bras dominant qui est concerné, celui avec lequel l'enfant lance ou prend appui.
Trois phases, et une reconstruction complète
C'est le point rassurant, et il mérite d'être dit d'emblée : la pathologie de Panner évolue en trois temps et se termine par une reconstruction de l'os.
- Nécrose. Le noyau osseux du condyle perd son apport sanguin et se fragilise. C'est la phase douloureuse.
- Revascularisation. La circulation se rétablit progressivement dans la zone.
- Ré-ossification. L'os se reconstruit et retrouve sa forme. Comptez généralement 12 à 18 mois pour une restitution complète.
Quels sports sont concernés ?
Tous les sports qui répètent des chocs ou des appuis avec le coude en extension :
Sports de lancer : baseball, handball, javelot, sports où le bras arme et fouette.
Gymnastique et sports acrobatiques, où le coude supporte le poids du corps.
Tennis et sports de raquette, avec des impacts répétés transmis au coude.
Sports d'appui au sol de manière générale, dès que la charge devient quotidienne.
Les signes qui doivent alerter
La pathologie de Panner ne se manifeste pas par une douleur brutale. Elle s'installe, et c'est justement ce qui la fait passer inaperçue plusieurs semaines.
Douleur sur la face externe du coude, au niveau de l'épicondyle
Le bras ne se tend plus complètement, il manque souvent une dizaine de degrés
Douleur à la pression du coude, sur le côté
Sensation de craquement ou de frottement quand l'enfant bouge le coude en appui
Aucune perte de force musculaire, ce qui trompe souvent les parents
Douleur qui revient à chaque reprise du sport
Le signe le plus utile à la maison : demandez à votre enfant de tendre les deux bras devant lui, paumes vers le haut. Si un coude reste légèrement plié alors que l'autre se tend complètement, montrez-le à un professionnel de santé.
Comment le diagnostic est posé
L'examen clinique
C'est lui qui oriente. Le professionnel retrouve un coude non gonflé et non chaud, douloureux à la palpation de la face externe, avec un déficit d'extension d'environ 10 degrés. La force musculaire est conservée, et l'on perçoit parfois un crissement comparable à du cuir froissé lorsque l'enfant mobilise activement le coude en appui.
La radiographie
Elle confirme. On y voit d'abord une lacune sur le noyau condylien, dont l'aspect est classiquement décrit comme une image en coquille d'œuf. Puis apparaît une fragmentation, avec des zones plus claires et plus denses.
Deux éléments sont importants et rassurants : aucun fragment d'os ne se détache dans l'articulation, et le cartilage reste normal. C'est ce qui différencie Panner d'une atteinte plus sévère.




L'arthroscanner, si un doute persiste
L'arthroscanner est un examen d'imagerie qui associe un scanner à l'injection d'un produit de contraste dans l'articulation. Il rend visibles le cartilage et les structures que la radiographie classique ne montre pas. Il n'est pas systématique et n'est demandé que si le diagnostic reste incertain.


Panner ou ostéochondrite disséquante ?
C'est la distinction la plus importante, parce que le pronostic n'est pas le même. Les deux touchent la même zone du coude, mais pas au même âge et pas avec la même gravité.
| Pathologie de Panner | Ostéochondrite disséquante | |
|---|---|---|
| Âge | 5 à 10 ans | Plutôt 12 à 16 ans |
| Atteinte | Tout le noyau osseux | Zone localisée |
| Cartilage | Normal | Peut être lésé |
| Fragment libre | Non | Possible, risque de blocage du coude |
| Évolution | Reconstruction complète | Plus réservée, chirurgie parfois nécessaire |
Seul un professionnel de santé peut faire cette distinction, à partir de l'âge de l'enfant et de l'imagerie. C'est aussi pour cette raison qu'une douleur de coude qui dure chez un enfant sportif ne doit pas être laissée sans avis.
Le traitement
Il repose d'abord sur le repos, et c'est souvent le plus difficile à faire accepter à un enfant.
Repos sportif de trois mois minimum, suivi d'une reprise progressive et encadrée. C'est le pilier du traitement.
Immobilisation par orthèse ou plâtre court, réservée aux formes très douloureuses.
Antalgiques si nécessaire, sur avis médical.
Surveillance régulière jusqu'à la reconstruction complète du condyle.
Les anti-inflammatoires ne sont pas une solution de confort. Ils masquent la douleur, donc le signal qui protège l'articulation, et peuvent conduire l'enfant à reprendre trop tôt. Ils ne s'envisagent que sur avis médical, dans les formes très douloureuses.
La bonne nouvelle : l'évolution de la pathologie de Panner est favorable, avec une restitution complète du condyle en 12 à 18 mois et une reprise normale du sport. Le facteur qui fait la différence n'est pas le traitement, c'est le respect du repos initial.
Douleur au genou ou au talon ? Ce n'est pas la même pathologie
La pathologie de Panner touche le coude. Elle n'entre pas dans le champ du protocole Orthorepass, qui est dédié aux pathologies de croissance du genou et du talon.
En revanche, si votre enfant a mal sous la rotule ou au talon pendant le sport, il s'agit probablement de la maladie d'Osgood-Schlätter ou de la maladie de Sever, et là nous pouvons vous aider.
Contenu rédigé par l'équipe Orthorepass, sous la supervision de Christophe De Flaugergues, orthopédiste-orthésiste. Cet article est une information générale sur une pathologie de croissance. Il ne remplace pas une consultation.
Christophe De Flaugergues
Fondateur d'ORTHOREPASS, Christophe est spécialiste des pathologies de croissance chez le jeune sportif. Depuis près de 10 ans, il accompagne les familles dans le traitement d'Osgood-Schlätter et de la maladie de Sever depuis son cabinet médical à Toulouse.